Un article récemment publié a mis au jour l’existence d’un mémorandum liant SOGUIPAMI à la société Axis, signé par Ahmed Kanté alors qu’il occupait les fonctions de Directeur général de SOGUIPAMI. Un document dont le contenu soulève aujourd’hui de sérieuses interrogations juridiques, éthiques et institutionnelles.
Selon les éléments consultés et traduits en français par nos soins, l’accord porte bien la signature d’Ahmed Kanté sur chacune de ses pages, accompagnée de son titre de CEO (Directeur général). Le document prévoit qu’en échange de 1 % des actions d’Axis, SOGUIPAMI devait bénéficier d’un accès complet aux documents de l’entreprise et lui apporter une assistance administrative pour la promotion du projet, ainsi que pour la résolution des difficultés liées à sa mise en œuvre.
Des sources proches du dossier estiment qu’en signant cet accord au nom de SOGUIPAMI, Ahmed Kanté, alors dirigeant salarié de l’entreprise publique, était tenu par des obligations strictes, notamment celle de ne tirer aucun avantage personnel des informations ou des relations acquises dans l’exercice de ses fonctions. Des observateurs soulignent que ces engagements auraient été potentiellement enfreints, ce qui justifierait, selon eux, un examen approfondi par la CRIEF, saisie dans le cadre d’une procédure pour abus de fonction.
Mais l’affaire dépasse largement le cadre juridique. Elle pose une question éthique majeure, aux conséquences potentielles colossales pour l’État guinéen.
Des analystes s’interrogent : comment comprendre qu’un ancien ministre et ex-directeur de SOGUIPAMI, ayant officiellement accompagné une société d’investissement, puisse ensuite se féliciter publiquement du retrait de la licence de cette même société, tout en annonçant que sa propre entreprise serait appelée à récupérer une licence minière sur le même périmètre ?
Pour plusieurs observateurs, la situation présente les caractéristiques d’un conflit d’intérêts manifeste. Issu du sérail administratif, disposant d’un réseau étendu et d’une connaissance fine des rouages institutionnels, Ahmed Kanté aurait, selon ces analyses, été en position d’influence déterminante.
La question centrale demeure : quel rôle Ahmed Kanté a-t-il réellement joué dans le retrait de la licence d’Axis ?
Si le ministère venait à attribuer cette licence à un acteur précédemment impliqué dans l’accompagnement du projet initial, ce conflit d’intérêts serait, selon plusieurs experts, pleinement constitué, exposant la Guinée à une forte réprobation internationale.
Certains analystes vont plus loin et estiment que si un lien était établi entre le retrait de la licence et un intérêt personnel ultérieur, cela pourrait être interprété comme une manœuvre orchestrée en coulisses.
Les conséquences potentielles pour la Guinée seraient considérables. Axis a en effet saisi une juridiction internationale, réclamant 30 milliards de dollars à l’État guinéen après le retrait de sa licence.
Dans ce contexte, l’attribution ultérieure de cette même licence à une personne ayant précédemment collaboré avec Axis pourrait constituer, selon des spécialistes du contentieux international, un argument décisif contre la Guinée.
Un tel scénario exposerait l’État à devoir supporter seul le coût financier d’un contentieux dont l’issue pourrait compromettre les investissements stratégiques du programme Simandou 2040.
Face à l’ampleur des enjeux, de nombreuses voix appellent à une clarification totale, dans l’intérêt supérieur du pays.
Avec l’arrivée d’une nouvelle ère politique, l’opinion publique attend que toute la lumière soit faite, que les responsabilités soient établies et que les pratiques assimilées à des abus de pouvoir cessent définitivement, au bénéfice du peuple guinéen et de la crédibilité du secteur minier national.
Par Lansana YANSANÉ




