Une vieille affaire que l’on croyait enterrée refait surface et choque l’opinion publique. Dans une Guinée qui se veut nouvelle, transparente et réformatrice, le secteur minier est de nouveau rattrapé par les pratiques du passé : conflits d’intérêts, opacité et soupçons d’illégalité. Au cœur de la controverse, la société AGB2A-GIC, dont les activités présumées de transport et d’exportation de bauxite relancent une polémique historique.

Selon plusieurs sources concordantes sur le terrain, AGB2A-GIC aurait discrètement repris le chargement de barges de bauxite dans la zone de Boffa, en vue de l’exportation. Des intermédiaires commerciaux, eux aussi actifs sur le marché international, proposeraient déjà la bauxite guinéenne à des acheteurs étrangers, sans que l’identité réelle de l’exportateur ne soit clarifiée.

Cette situation a conduit African Bauxite Corporation (ABC) à tirer la sonnette d’alarme. L’entreprise affirme avoir adressé plusieurs demandes de clarification, officielles et officieuses, au ministère des Mines et de la Géologie, restées à ce jour sans réponse. Les vérifications croisées d’ABC, notamment auprès du cadastre minier guinéen, indiquent qu’AGB2A-GIC ne dispose d’aucun permis minier valide sur l’ex-périmètre d’Axis, seul titre légal autorisant l’exploitation et l’exportation de bauxite dans cette zone.

Dans un État qui se veut réformateur, toute autorisation minière doit être publique, traçable et formalisée. Or, aucun arrêté ministériel, ordonnance ou publication au Journal officiel ne confirme une quelconque autorisation pour AGB2A-GIC. Ce silence persistant nourrit le doute et l’indignation dans l’opinion publique.

AGB2A-GIC est une filiale à 100 % du groupe GIC, contrôlé par Ahmed Kanté, ancien ministre des Mines et ex-Directeur général de la SOGUIPAMI. Son nom est aujourd’hui associé à trois affaires judiciaires distinctes :

Une procédure pénale devant le Tribunal de première instance de Kaloum pour abus de confiance et concurrence déloyale, liée à l’appropriation présumée des projets Axis et GBT au détriment d’ABC (en appel).

Une enquête pénale de la CRIEF pour abus de confiance lors de la création de la société GIC.

Une autre procédure devant la CRIEF pour abus de confiance envers l’État guinéen durant son passage à la tête de la SOGUIPAMI.

Ces dossiers mettent en lumière un passé controversé, marqué par des pratiques opaques et des conflits d’intérêts, dont l’ombre plane de nouveau sur le secteur minier.

Une affaire révélatrice d’un problème systémique

Pour rappel, ABC avait investi des sommes importantes dans les gisements de GBT et Axis Minerals, couvrant l’exploration, les études de faisabilité, l’obtention des permis et la construction d’infrastructures stratégiques. Un protocole d’accord avec SD Mining devait créer une coentreprise majoritairement détenue par ABC. Selon l’entreprise, ce montage aurait été détourné au profit de GIC, qui se serait substituée à ABC dans la coentreprise devenue AGB2A, déclenchant les poursuites judiciaires dès 2022. En 2025, face aux conflits persistants, le permis minier d’Axis a été révoqué par décret présidentiel, mettant officiellement fin aux activités sur ce périmètre.

Aujourd’hui, la reprise présumée des activités d’AGB2A-GIC relance une question cruciale : sur quelle base juridique cette société exploite-t-elle et exporterait-elle la bauxite guinéenne ?

Au-delà du seul cas AGB2A-GIC, cette situation soulève un enjeu beaucoup plus vaste : la Guinée peut-elle réellement rompre avec les pratiques opaques du passé ? Dans un secteur minier appelé à jouer un rôle central pour le développement économique du pays, la crédibilité de la gouvernance publique est directement en jeu.

Dans une Guinée qui revendique un nouveau départ, le retour de ces vieilles histoires choque et indigne. Le silence administratif ne peut tenir lieu de réponse. Une clarification officielle, publique et documentée du ministère des Mines et de la Géologie s’impose dès maintenant.

Le pays a voté pour le changement, pour une Guinée nouvelle, transparente et responsable. Les fantômes du passé ne doivent plus avoir de place dans l’avenir que les Guinéens s’apprêtent à construire.

 

Lansana YANSANÉ