Amadou Oury Bah a marché à contre-vent, lesté par l’incompréhensionnisme ambiant, condamné à l’épreuve permanente de la transitionnalité guinéenne. Trente ans à parler quand le vacarme préférait l’invective, à proposer quand la rue réclamait l’excès. Trente ans d’un goliadisme politique ingrat : pousser la pierre sans tambour ni trompette, sans la promesse d’une statue à l’arrivée. Et pourtant, au terme de cette marche, le fait est là : une transition apaisée, sans écueils, arrimée à une apaisocratie rare sous nos latitudes.
On a trop souvent
CONFONDU LA RETENUE AVEC LA FAIBLESSE, LA NUANCE AVEC LA COMPROMISSION.
Dans une Guinée prisonnière de la verbocratie, où la clameur fait loi et où le clameurisme remplace l’argument, BAH OURY parce qu’il s’agit de lui a choisi l’ascèse.
IL A PRÉFÉRÉ LA PATIENCE-STRATÉGIQUE À L’AGITATION STÉRILE, LA TEMPÉRANCE-RADICALE
A L’OUTRANCE SPECTACULAIRE.
Ce choix lui a valu l’hostilité des impatients et le soupçon des cyniques. Mais gouverner n’est pas séduire ; c’est bâtir une républicanité durable, restaurer une gouvernabilité crédible, réparer l’institutionnalité malmenée.
La transition qu’il a assumée la primature n’a pas été une promenade morale. Elle fut un exercice de résistancialité lucide, une navigation entre l’étaticité à reconstruire et une rue toujours prompte à l’embrasement. Là où d’autres auraient choisi la brutalité rassurante, Bah a imposé une verticalité-calme : ferme sans hystérie, résolue sans brutalité. Il a assumé un consensus-rugueux, préférant les accords imparfaits aux ruptures flamboyantes qui finissent en cendres.
Ses détracteurs l’accusent d’avoir trop parlé aux institutions et pas assez aux foules. C’est oublier que la foule se gagne un soir, mais que la nation se sauve sur la durée. Le pragmatisme-sobre qu’il a défendu n’a jamais cherché l’applaudissement immédiat. Il visait la réduction de la conflictualité-stérile, la mise en place de mécanismes concrets, l’acceptation d’un tempo politique compatible avec la réalité guinéenne. En clair : gouverner avec la tête froide, dans une lucidité-froide qui irrite les exaltés.
Il faut dire les choses avec sévérité : ceux qui l’ont combattu pendant trois décennies se sont souvent nourris de posture. Ils ont confondu la radicalité avec le courage et la dénonciation avec l’action. La héroïsation-tardive d’Amadou Oury Bah, aujourd’hui que les résultats parlent, révèle surtout l’immaturité d’un débat public qui récompense l’éclat plus que l’efficacité. La maturité-politique n’est pas un slogan ; c’est une discipline. Et elle exige une endurance-civique que peu acceptent de payer.
La transition apaisée qu’il laisse derrière lui n’est pas parfaite. Aucune ne l’est. Mais elle est la responsabilité-silencieuse incarnée : des décisions prises loin des caméras, une efficacité-discrète qui refuse le cirque, une historicité-présente assumée sans emphase. Il a rappelé, contre les prophètes de malheur, que la Guinée est une nation-réconciliable, à condition de cesser de la traiter comme un champ de bataille permanent.
Amadou Oury Bah n’a pas gagné la guerre des récits, mais il a remporté celle des faits. Et c’est précisément pour cela qu’il dérange. Dans un pays fatigué des promesses tonitruantes, il a opposé la lenteur utile, la rigueur patiente, la cohérence obstinée. L’histoire, qui n’aime ni les cris ni les slogans, retiendra sans doute qu’un homme longtemps incompris a su porter la pierre de Goliath jusqu’au sommet, sans fracas, sans triomphalisme, mais avec cette rare qualité qui manque tant à nos élites : le sens du réel de lucidité.
Abdoul Mazid Bah Cordinateur du MAC Président de la Commission Communication de la Guinée Inclusive




