» Il y a plus d’un demi-siècle, la Guinée osa dire Non. Ce refus historique, prononcé le 28 septembre 1958, fut bien plus qu’un vote : ce fut un acte de foi dans la dignité humaine. Le peuple guinéen, en s’arrachant aux griffes de la dépendance coloniale, fit de la souveraineté une religion politique. Depuis, cette flamme n’a jamais cessé de brûler parfois vacillante, parfois trahie, mais toujours vivante.

Pourtant, de régime en régime, de promesse en déception, la souveraineté guinéenne a souvent été confisquée, réduite à un mot creux. Le peuple, pourtant fondateur de la République, n’a cessé d’être relégué au rang de spectateur de son propre destin. Mais l’histoire récente prouve que la Guinée n’a pas renoncé.

Le 5 septembre 2021, avec l’arrivée du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), un nouveau souffle, mêlé d’espoir a réveillé l’idée même de souveraineté nationale.

✓ La longue attente d’un peuple trahi

Les deux décennies précédant le CNRD furent marquées par une illusion démocratique tenace. Sous le vernis électoral, le pouvoir restait centralisé, la Constitution malléable, la justice hésitante. La démocratie fut invoquée comme un rituel, non vécue comme une réalité. Pendant que les élites s’accaparaient les richesses, la jeunesse, elle, s’exilait, désenchantée par les urnes et la parole politique vidée de sens.

Pourtant, chaque contestation, chaque grève, chaque prière scandée dans les rues de Conakry ou de Labé témoignait d’un même cri : celui d’un peuple qui ne voulait pas seulement voter, mais peser. La souveraineté populaire ne se mendie pas ; elle se revendique. C’est cette exigence silencieuse, accumulée au fil des années, qui a ouvert la voie à la rupture de 2021.

✓ Le tournant du CNRD : entre promesse et redéfinition

L’arrivée du CNRD n’a pas été qu’un changement de régime ; elle a représenté une reprise en main symbolique de la souveraineté nationale. Pour la première fois depuis longtemps, l’État s’est recentré sur lui-même. Les institutions, paralysées par la méfiance et les calculs, ont retrouvé une dynamique de refondation. Les mots « rectification », « refondation » et « justice » sont revenus dans le vocabulaire collectif, non comme slogans, mais comme volonté de réécrire le contrat entre le peuple et le pouvoir.

La souveraineté guinéenne s’est renforcée sur plusieurs fronts : politique, en affirmant le primat de l’intérêt national sur les logiques personnelles ; économique, en reprenant le contrôle de secteurs stratégiques ; diplomatique, en réaffirmant la place de la Guinée dans les équilibres régionaux et africains. Là où la dépendance servile aux injonctions extérieures s’imposait naguère, le pays a commencé à parler de nouveau au nom de sa dignité et de sa trajectoire propre.

Bien sûr, tout n’est pas accompli. Les défis demeurent : stabiliser les institutions, réconcilier la nation, éviter que la promesse de refondation ne se dilue dans la routine du pouvoir. Mais la dynamique enclenchée porte une vérité : la souveraineté guinéenne ne se quémande plus elle s’assume, elle se revendique, elle se réécrit à hauteur de peuple.

✓ Une souveraineté à consolider

La force d’un peuple ne se mesure pas seulement à sa capacité de renverser, mais à celle de reconstruire. La Guinée du CNRD se trouve à ce carrefour : transformer le sursaut en système, l’élan en structure, la volonté en vision. La souveraineté ne se limite pas à la possession du pouvoir politique ; elle s’incarne dans la justice équitable, l’éducation libératrice, la gestion transparente des ressources et la reconnaissance de la dignité de chaque citoyen.

Renforcer la souveraineté, c’est réhabiliter la confiance. C’est croire que l’État peut redevenir l’expression de la volonté générale, et non la propriété d’un clan. C’est restaurer la vérité comme fondement du contrat social, la responsabilité comme condition de gouvernance. Si le CNRD parvient à transformer cette transition en renaissance, alors la Guinée accomplira enfin le rêve que ses pères ont juré de poursuivre : celui d’une République réellement libre, juste et souveraine.

✓ Le souffle de l’avenir

La souveraineté n’est pas un héritage figé ; elle est un mouvement. Elle exige vigilance, lucidité et courage. En vingt ans, la Guinée a traversé la stagnation, l’espoir, la trahison et la révolte. Aujourd’hui, elle entre dans un temps d’exigence : celui de la reconstruction consciente.

Le CNRD a rouvert une brèche historique. À lui et surtout au peuple d’y inscrire une nouvelle ère politique, où la souveraineté ne soit plus un mot de discours, mais une pratique quotidienne. Une ère où la dignité nationale ne soit plus un souvenir de 1958, mais une réalité vécue, consolidée, transmise.

Car quand la volonté d’un peuple devient souveraineté, ce n’est pas une victoire d’un jour : c’est le commencement d’une responsabilité sans fin. La Guinée, forte de son passé et des cicatrices de ses luttes, peut désormais choisir non plus entre l’espoir et la peur, mais entre la continuité de la servitude et la maturité de la liberté.

Et si l’histoire nous a appris quelque chose, c’est que ce peuple, né dans le refus, finira par imposer sa souveraineté totale, assumée, irréversible. »

Abdoul Mazid Bah 

Analyste politique.