Le 17 octobre 2024, Sadou Nimaga, ancien secrétaire général du ministère des Mines et de la Géologie, disparaissait à Conakry dans des circonstances troublantes. Deux ans plus tard, son sort reste inconnu. Malgré l’ouverture d’une enquête judiciaire au lendemain des faits, aucune communication publique détaillée n’a permis de faire le point sur les avancées de l’affaire.

Selon les informations rapportées à l’époque, Sadou Nimaga aurait été enlevé en pleine journée alors qu’il se rendait à un rendez-vous dans un grand hôtel de la capitale, accompagné de son chauffeur. Depuis, aucune information officielle n’a permis d’établir précisément ce qui s’est passé ni de déterminer où il se trouve.

Pour sa famille et ses proches, l’attente se poursuit. Deux ans après, les circonstances de sa disparition restent inexpliquées et les questions demeurent nombreuses.

Une enquête dont les avancées restent inconnues

Au lendemain de la disparition, la justice guinéenne avait ouvert une enquête pour tenter d’établir les faits. Dans le cadre des investigations, un premier témoin aurait été entendu par la police, avait fait savoir, à l’époque, l’avocat Me Mohamed Traoré.

Depuis cette première étape, cependant, aucune information judiciaire n’est venue éclairer l’évolution du dossier. Les autorités n’ont pas communiqué d’informations précises sur les pistes explorées, les éventuels suspects identifiés ou les démarches entreprises pour retrouver l’ancien responsable du ministère des Mines.

Cette absence de communication entretient les interrogations. Où en est l’enquête ? Les investigations ont-elles permis de recueillir de nouveaux éléments ? Des personnes ont-elles été identifiées ou entendues depuis les premières auditions ?

Le cas du chauffeur soulève également des questions

Le sort du chauffeur qui accompagnait Sadou Nimaga au moment de sa disparition constitue un autre point sensible du dossier. Selon Me Mohamed Traoré, celui-ci aurait été libéré, mais sous certaines conditions, notamment celle de ne pas parler de l’affaire.

« Quant au chauffeur, il a été libéré mais avec interdiction d’aborder cette affaire devant qui que ce soit, sous peine de se voir éliminer », avait déclaré Me Mohamed Traoré.

Pour les proches de Sadou Nimaga, l’essentiel reste ailleurs : savoir ce qui lui est arrivé et obtenir des réponses sur son sort.Me Mohamed Traoré, l’avocat du dossier, lui-même victime d’un enlèvement

L’affaire Sadou Nimaga prend une dimension particulière au regard des événements survenus quelques mois plus tard contre Me Mohamed Traoré, l’avocat qui avait publiquement évoqué certains éléments du dossier. Dans la nuit du 20 au 21 juin 2025, l’ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats de Guinée a lui-même été victime d’un enlèvement à Conakry.

Selon les informations rapportées à l’époque, au moins une demi-douzaine d’hommes lourdement armés se seraient introduits à son domicile. Ils l’auraient agressé, ainsi que sa fille, avant de le contraindre à monter dans un véhicule et de l’emmener vers une destination inconnue.

Quelques heures plus tard, Me Mohamed Traoré a été retrouvé à Bangouyah, à environ 170 kilomètres de Conakry, par des habitants de la localité. Il présentait de nombreuses traces de violences physiques décrites comme des traces de torture. Le Barreau de Guinée avait indiqué qu’il était pris en charge dans un établissement de santé.

Les circonstances de l’enlèvement de Me Mohamed Traoré et celles de la disparition de Sadou Nimaga doivent néanmoins être examinées séparément. Aucun élément présenté ici ne permet d’affirmer que les deux affaires sont liées, ni d’établir un rapport entre les fonctions exercées par l’avocat dans le dossier Nimaga et les violences dont il a été victime en juin 2025.

Il reste que ces événements soulèvent des interrogations sur la sécurité des personnes qui prennent publiquement position sur des affaires sensibles et sur les conditions dans lesquelles les avocats peuvent exercer leur mission. Dans le dossier Sadou Nimaga, la question centrale demeure entière : quelles investigations ont été menées et quels éléments permettent aujourd’hui de faire progresser la recherche de la vérité ?

D’autres disparitions, des dossiers distincts

La disparition de Sadou Nimaga intervient dans un contexte où d’autres affaires ont suscité de vives inquiétudes en Guinée, notamment celles des activistes de la société civile Foniké Mengué et Mamadou Billo Bah, ainsi que du journaliste Habib Marouane Camara.

Ces dossiers présentent leurs propres circonstances et leur propre déroulement. Ils ne peuvent être assimilés les uns aux autres sans éléments permettant d’établir des similitudes précises. Rien ne permet, à ce stade, d’affirmer qu’ils sont liés entre eux.

Leur évocation renvoie néanmoins à des préoccupations communes : la nécessité de faire toute la lumière sur le sort des personnes disparues, l’efficacité des enquêtes judiciaires, la transparence des procédures et l’information des familles sur les démarches entreprises.

Ces enjeux méritent d’être examinés au cas par cas, sans préjuger de l’existence d’un lien entre les différentes affaires.

Deux ans après, toujours aucune réponse

Deux ans après la disparition de Sadou Nimaga, le constat reste le même : les circonstances des faits n’ont pas été publiquement élucidées et aucune avancée détaillée de l’enquête n’a été portée à la connaissance du public.

Pour ses proches, l’attente se prolonge sans certitude sur ce qu’il est devenu. Pour les citoyens, ce dossier pose aussi la question de la transparence de l’action judiciaire et de la capacité des autorités à établir les faits, à identifier d’éventuels responsables et à rendre compte des investigations menées.

L’enlèvement de Me Mohamed Traoré en juin 2025 ajoute un autre élément préoccupant au parcours de l’avocat qui s’était exprimé sur le dossier. Toutefois, en l’absence de preuves établissant un lien entre les deux affaires, toute conclusion en ce sens serait prématurée.

Au-delà des déclarations et des interrogations, une attente demeure : connaître la vérité sur la disparition de Sadou Nimaga. Pour sa famille, comme pour celles des autres personnes disparues, il ne s’agit pas seulement de comprendre ce qui s’est passé, mais aussi de savoir ce qu’il est advenu de leurs proches.

Source  Guinée360.com