En Guinée, la situation des médecins spécialistes et des praticiens en cours de spécialisation continue de susciter l’inquiétude. Répertoriés à plus de 800, ces professionnels de santé dénoncent leur exclusion du dernier processus de recrutement à la fonction publique et alertent sur les conséquences de cette situation pour le système sanitaire national.
L’espoir suscité par le dernier concours d’intégration des personnels de santé aura finalement laissé place à la déception. Alors qu’ils s’attendaient à voir leur situation professionnelle régularisée, les médecins spécialistes affirment avoir été écartés du processus.
Selon le président du collectif des medecins guinéens specialistes et en specialisation le Dr Ousmane Koulibaly, les professionnels concernés avaient pourtant répondu aux exigences des autorités en s’inscrivant sur une plateforme mise en place à cet effet.
« Les autorités nous avaient promis de nous recruter, mais aucun spécialiste n’a été engagé. On nous a demandé de nous inscrire sur une plateforme dédiée et tous les membres se sont exécutés. Et à la dernière minute, on nous informe que ce recrutement ne concerne pas les spécialistes. »
Pour le responsable du collectif, cette décision constitue un mauvais signal dans un contexte où la Guinée a besoin de renforcer ses ressources humaines spécialisées dans les établissements sanitaires.
L’exclusion du processus de recrutement n’a toutefois pas conduit le collectif à abandonner ses démarches. Les représentants des spécialistes affirment avoir multiplié les prises de contact avec les autorités afin de trouver une issue à la situation.
Dr Ousmane Koulibaly rappelle notamment les échanges engagés avec l’ancien ministre de la Santé, qui avait demandé la transmission des listes de spécialistes concernés.
« Le ministre précédent nous a reçus à plusieurs reprises et nous a demandé de lui transmettre nos listes. Nous l’avons fait plusieurs fois, mais ces démarches se sont soldées par des blocages systématiques », regrette-t-il.
Pour le collectif, l’enjeu dépasse désormais la seule question de l’intégration administrative. Il s’agit également de préserver les compétences médicales formées, souvent au terme de plusieurs années d’études et de spécialisation.
Des conditions qui poussent au départ
À cette absence de perspectives professionnelles s’ajoute la question de la rémunération. Le collectif estime que les conditions proposées aux spécialistes en Guinée restent peu attractives par rapport à celles observées dans plusieurs pays de la sous-région.
« Au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, un spécialiste perçoit environ 1 500 000 francs CFA par mois, sans compter les primes, alors qu’ici, les traitements restent très précaires », explique Dr Ousmane Koulibaly.
Cette situation contribue, selon lui, au départ de nombreux praticiens vers d’autres horizons. Sénégal, Côte d’Ivoire, Maroc, mais également plusieurs pays occidentaux figurent parmi les destinations choisies par ces professionnels.
Le phénomène est d’autant plus préoccupant que plusieurs de ces médecins ont financé eux-mêmes leur formation spécialisée.
« Tous ces praticiens se sont formés sans aucune aide financière de l’État. Ailleurs, des offres attractives nous sont faites, mais nous faisons le choix de rentrer pour soigner nos compatriotes », souligne-t-il.
La fuite des compétences inquiète
Sur les plus de 800 médecins spécialistes et praticiens en spécialisation recensés par le collectif, près de la moitié aurait déjà quitté la Guinée. Une situation qui risque, à terme, d’aggraver le déficit de spécialistes dans le pays et de fragiliser davantage l’offre de soins.
Malgré cette hémorragie de compétences, le collectif veut croire qu’une solution reste possible. Pour Dr Ousmane Koulibaly, l’objectif est désormais de créer les conditions permettant aux médecins partis à l’étranger de revenir exercer dans leur pays.
« Un grand nombre est parti, mais d’autres restent pour mener le combat. En tant que président du collectif, je me bats pour que nos confrères puissent revenir. »
Dr Ousmane koulibaly plaide ainsi pour une véritable politique de valorisation des compétences médicales nationales et une meilleure organisation du corps des spécialistes.
« Il est essentiel de structurer un réseau solide de spécialistes sur le territoire. Nous espérons que le recrutement des spécialistes sera effectif très prochainement afin de permettre le retour de ces compétences au service de la nation », insiste-t-il.
Un appel renouvelé aux autorités
À travers cette nouvelle interpellation, les médecins spécialistes souhaitent donc relancer le dialogue avec les pouvoirs publics. Leur principale revendication demeure leur intégration dans la fonction publique, mais ils demandent également que la question de leurs conditions de travail et de leur rémunération soit prise en compte.
Pour le collectif, maintenir ces professionnels en Guinée représente un enjeu majeur de souveraineté sanitaire. À défaut de mesures concrètes, le risque est de voir davantage de spécialistes formés quitter le pays à la recherche de meilleures conditions professionnelles.
La balle est désormais dans le camp des autorités, appelées à apporter une réponse à ces praticiens qui affirment vouloir mettre leurs compétences au service du système de santé guinéen.
Mamadou Dian Bah ( Aimé Césaire)
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