Une opération menée par les Services spéciaux et de la Lutte contre le crime organisé a permis de mettre au jour une unité clandestine de fabrication de produits laitiers à Conakry. Le site, situé à proximité du rond-point de Hamdallaye, vers les rails, servait à la production de yaourts et d’autres produits de marque Hamza destinés à être commercialisés dans les boutiques
L’intervention fait suite à plusieurs semaines de surveillance et de filature menées par les services speciaux, Au moment de l’opération, plusieurs personnes se trouvaient sur place et participaient aux activités de fabrication.
La marchandise saisie a été examinée et quantifiée par les responsables de l’Office national de contrôle de qualité (ONCQ), qui l’ont déclarée impropre à la consommation. Les produits ont ensuite été mis hors circuit Le local de production, d’une superficie de moins de cinq mètres carrés, a été fermé et le véhicule utilisé pour leur transport immobilisé.
Une production réalisée dans des conditions jugées dangereuses
Pour les services de contrôle, les conditions dans lesquelles ces produits étaient manipulés représentent un risque important pour les consommateurs.
Le commissaire principal de police Soropogui Foromou, de la Direction chargée de la lutte contre le crime organisé, a expliqué que les enquêteurs avaient commencé par suivre le circuit de distribution avant de remonter jusqu’au lieu de fabrication.« Vous savez que le lait est un milieu de culture bactérienne très puissant, une grande puissance de prolifération bactérienne dans le milieu laitier. Et donc, c’est ce qui peut évidemment entraîner la maladie au niveau des consommateurs. »
Selon l’officier superieur dela guinéenne police cette découverte pourrait conduire les enquêteurs vers d’autres unités similaires opérant dans la capitale.
« À travers les distributeurs, nous avons mené des activités de filature qui nous ont conduit à la découverte de ce lieu qui ne doit pas être le seul, il y a d’autres lieux. Certes, le moment nous permettra d’aboutir à la découverte de ces lieux. »
L’opération a également conduit à l’interpellation de cinq personnes. Celles-ci ont été confiées aux officiers de police judiciaire pour les besoins de l’enquête.« Il y a eu des interpellations. Ils sont déjà sous la main des officiers de police judiciaire pour des fins d’enquête. Au niveau des interpellations, à date, nous avons interpellé 5 personnes », a indiqué Soropogui Foromou.
L’ONCQ relève plusieurs infractions
En se rendant sur les lieux, Boubacar Guissé, inspecteur général adjoint de l’Office national de contrôle de qualité, dit avoir constaté plusieurs violations des règles encadrant la production des denrées alimentaires.
Le responsable affirme que le fabricant ne disposait notamment pas des autorisations et documents nécessaires pour exercer cette activité.« Le constat révèle que le fabricant de lait n’a pas l’autorisation de fabriquer ce genre de lait, l’endroit n’est pas approprié, il n’a pas des certificats d’analyse. »
Pour les produits fabriqués localement, l’ONCQ exige notamment des analyses permettant de vérifier leur conformité avant leur mise à la consommation.
« Parce que c’est des produits locaux, donc on impose pratiquement à tous ceux qui fabriquent localement les produits d’aller analyser le produit pour avoir le certificat d’analyse. Donc pratiquement ils n’ont pas de certificat d’analyse, ils n’ont pas de documents. Ils sont dissimulés dans les quartiers, cachés, ils font du n’importe quoi », a déploré Boubacar Guissé.
Des conditions d’hygiène fortement dénoncées
Au-delà de l’absence d’autorisation et de certificats d’analyse, l’état du local a particulièrement retenu l’attention des agents de contrôle.
« Il y a manque d’hygiène totale, l’endroit même ne répond pas aux normes, et eux-mêmes ils sont dans l’illégalité », a déclaré l’inspecteur général adjoint de l’ONCQ.
Boubacar Guissé a également évoqué la répartition des responsabilités en matière de contrôle de l’hygiène, notamment dans le domaine alimentaire.« Vous savez, l’hygiène, ils évoluent dans les communes. Ils ont l’autorisation de contrôler l’hygiène publique, mais l’hygiène alimentaire, ils n’ont pas l’autorisation là. »
Les auteurs encourent des sanctions pénales
Les autorités annoncent également des poursuites contre les personnes impliquées dans la fabrication ou la manipulation de ces produits.Selon l’inspecteur général adjoint de l’ONCQ, la législation guinéenne prévoit des sanctions allant jusqu’à plusieurs années de prison ainsi que de lourdes amendes.
« Ce genre d’infraction, il y a la loi alimentaire, qui dit : quiconque est pris en train de manipuler des produits impropres, est puni à une peine de 1 an à 3 ans de prison ferme, et tu as une amende de 10 millions à 50 millions de francs guinéens d’amende. Donc c’est purement pénal. »
Les investigations se poursuivent
Pour les Services spéciaux, cette opération ne devrait pas rester un cas isolé. D’autres sites susceptibles de se livrer à la fabrication clandestine de produits alimentaires pourraient être recherchés dans les prochains jours.
Le commissaire principal Soropogui Foromou assure que son institution entend poursuivre les opérations en collaboration avec les services de contrôle de qualité.
« Ce combat, bien sûr, avec l’appui de la Direction Nationale du Contrôle de Qualité des Produits, avec leur appui, nous allons débarrasser Conakry de tous les produits impropres à la consommation. »
Les services speciaux et l’ONCQ invitent par ailleurs les consommateurs à redoubler de vigilance lors de l’achat de produits laitiers et autres denrées alimentaires. Elles encouragent également la population à signaler aux services compétents tout lieu suspecté de fabriquer, stocker ou commercialiser des produits présentant un risque pour la santé publique.
Mamadou Dian Bah
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